Ce wiki est à utiliser en complément de l'outil PDC du REFEDD : n’hésitez pas à naviguer entre les deux afin de mener votre projet dans de bonnes conditions.

Table des matières

Plan de Déplacements de l'Université Catholique de Lille

Interview de Aurélie MONTIGNY, février 2011

Plan de déplacement en cours ; suivez l'avancement du projet

Pouvez-vous vous présenter, expliquer votre rôle dans le PDC réalisé dans l'Université Catholique de Lille (UCL) et décrire brièvement cet établissement ?

Aurélie Montigny, chargée d’études à l’Institut du Développement Durable et Responsable (IDDR). À ce titre j’ai été en charge de l’évaluation du PDE réalisée en 2009 dans l’Université Catholique de Lille. Actuellement je suis en charge de la mise en place du nouveau plan d’actions. Pendant les 3 premières années de mise en œuvre du PDE, Benoit Bourel (chef de projet PDE) et Adrien Fioen (chargé de mission PDE) ont œuvré au démarrage du PDE et à la bonne mise en œuvre des actions. En ce qui me concerne, je suis actuellement référente « déplacements » au sein de l’IDDR depuis 2009.

Située à 20 minutes à pied du centre ville, l’Université Catholique de Lille comprend 6 facultés, 25 écoles et instituts. Elle reçoit chaque année 1200 salariés, 2500 enseignants vacataires, 17 000 étudiants et 30 000 visiteurs. Il faut insister sur le fait que l’Université Catholique de Lille est une fédération de facultés et d’écoles d’ingénieurs, qu’elle est un campus diffus au cœur d’un quartier habité (quartier Vauban Esquermes) et qu’elle draine chaque jour un nombre important d’usagers.

Je voudrais souligner le fait que la mise en place d’un PDE dans une université comprenant des nombreuses facultés et écoles est complexe ; en effet, chaque entité a sa propre direction et son propre mode de fonctionnement, il faut donc agir en tenant compte de leurs spécificités, ce qui rend le PDE chronophage.

Quelle est l’entité à l’origine de ce projet PDE ? (volonté d'un groupe d'étudiants, d'enseignants-chercheurs, de la Direction)

Le PDE est né d’une volonté politique et stratégique de l’Université Catholique de Lille de diagnostiquer les problématiques de déplacements liées au campus et de définir un programme d’actions.

Pour mener à bien ce projet, l’Université a confié à un groupe de master 2 environnementaliste (dans le cadre d’un projet de groupe) la charge d’effectuer le diagnostic d’accessibilité du campus et de mener une enquête auprès des salariés.
Une fois le travail des étudiants terminé, il restait encore à traiter les résultats des enquêtes et bâtir le plan d’actions. Cette volonté à été concrétisée par la création d’un poste chargé de mission PDE (occupé par Adrien Fioen) et par l’organisation d’une coordination PDE dont Benoit Bourel et Adrien Fioen étaient les principaux membres.

L’analyse des enquêtes et la mise au point du plan d’actions ont donc été réalisées, suite au travail des étudiants, par Benoit Bourel (chef de projet PDE) et Adrien Fioen (chargé de mission PDE)

Quel a été l’élément déclencheur de la volonté de mettre en place ce PDE ?

En 2003, un micro PDU du quartier Vauban Esquermes (quartier où se trouve l’université) avait été effectué et avait permis de faire un premier état des lieux du campus. Les premières conclusions de ce micro PDU ont entrainé l’Université Catholique de Lille à se positionner sur la démarche du Plan de Déplacements d’Entreprise.

En outre, il y avait une volonté de responsabilisation, d’une intégration du développement durable dans toutes les activités de l’Université : l’Institut du Développement Durable et Responsable (IDDR) a d’ailleurs été créé en 2007 afin de pouvoir porter le projet PDE parmi beaucoup d’autres projets.

Enfin, il existait à cette époque le Groupe Campus Vauban, piloté par Loic Aubrée, qui abordait entre autre les problématiques de mobilité au niveau du campus et qui avait pointé du doigt un certain nombre d’incohérences en terme de déplacements sur le campus.

Comment le projet PDE a-t-il été préparé/cadré ? (constitution de l'équipe projet, création de partenariats avec des professionnels, définition des objectifs; évaluation de votre budget, contact de la direction etc…)

C’est en effet le micro PDU qui a donné l’impulsion à la réflexion du PDE pour l’Université. A la suite du travail des étudiants de Master 2 environnementaliste, un chargé de mission a été recruté (Adrien Fioen) et Benoit Bourel a été nommé chef de projet du PDE. Ensemble ils ont finalisé le diagnostic et bâti le plan d’actions. Ils formèrent à eux 2 ce qu’ils appelaient la coordination PDE.

En parallèle un comité de pilotage (COPIL) réunissant les principaux acteurs de la mobilité ainsi que les éventuels partenaires méthodologiques et financiers, a été créé. Ce comité de pilotage s’est réuni pour la première fois en 2006 lors de la présentation du diagnostic par les étudiants. Il s’est réuni à nouveau lors de la présentation du plan d’actions puis pour le valider.

En parallèle à la mise en place du PDE, est née l’idée de créer un Institut transversal à l’Université qui aurait pour objectif de mettre en œuvre des projets transversaux et de développer des actions relatives au campus durable. C’est suite à ces réflexions qu’a été créé l’Institut du Développement Durable et Responsable (IDDR) en 2007. En effet le PDE a été l’un des premiers projets sur lequel l’IDDR a travaillé.
En 2007, après décision politique, l’IDDR est créé et compte alors 7 membres qui représentaient 3 équivalents temps plein. Parmi ces membres, nous pouvons citer, des enseignants chercheurs de différentes écoles d’ingénieurs (économistes, juristes…), et de facultés (FLD), des responsables de formation (environnementaliste), un directeur d’un cabinet de recherches et études, un directeur et un chargé de mission. L’IDDR a permis de mettre en place les premières actions du PDE. Cet organisme coordonne la formation et la recherche et anime la mise en œuvre d’une démarche responsable de développement durable au sein de l’Université Catholique de Lille.

Pour résumer :

  • Le diagnostic a été réalisé en 2006 par des étudiants de master 2 environnementaliste.
  • Le plan d’actions a été rédigé par Adrien Fioen et Benoit Bourel qui constituaient la coordination du PDE (= équipe projet du PDE).
  • Ce plan d’actions a été présenté et validé par le COPIL (= le comité de pilotage composé de la direction de l’Université et des partenaires).
  • Les premières actions du PDE ont été mises en place grâce à la création de l’IDDR en 2007.

Dès le début de l’étude sur les déplacements, l’IDDR a fait appel au CETE (Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement) pour une assistance technique et méthodologique.
D’autre part, Transpole, la Direction des transports du Conseil Régional et Lille Métropole Communauté Urbaine ont également apporté leur soutien dans l’élaboration de cette étude. C’est dans le cadre de la mise en place du comité de pilotage que ces acteurs ont été contactés.

Le comité de pilotage rassemblait les différents acteurs de la mobilité existant sur la métropole lilloise, les partenaires financiers et méthodologiques, le chargé de mission PDE, le chef de projet PDE, quelques représentants d’établissement et la direction de l’Université Catholique de Lille.

Au niveau du budget :

  • l’UCL a fournit des moyens humains (création du poste de chargé de mission PDE (A Fioen) et temps de travail consacré au PDE par le directeur de l’IDDR (B Bourel)
  • L’étude préalable au PDE (diagnostic + enquête + définition du plan d’actions) a coûté 37 000 euros; elle a été financée à hauteur de 43% par l’Ademe Nord Pas de Calais et également par la Région dans le cadre d’une subvention FRAMEE (16 000 euros)
  • La Communauté Urbaine de Lille a financé le projet à hauteur de 27% (10 000 euros)
  • Les 30% restant font partie d’un auto-financement de l’UCL (via des mécènes privés notamment)

Comment avez-vous mené (ou menez-vous encore actuellement) votre projet ? (nombre de personnes dans l'équipe, fréquence de vos réunions, retour de votre démarche à l’administration etc…)

A l’origine, deux personnes étaient en charge du projet, aidé par un groupe d’étudiants de master 2 lors de la phase diagnostic.
Des correspondants PDE ont été définis dans différents établissement afin de relayer les informations sur le PDE.
Des réunions régulières permettaient de suivre le PDE. Elles ont été plus fréquentes lors de l’évaluation du PDE et de la mise en place du nouveau plan d’actions.

Comment avez-vous fait connaître le PDE à la population universitaire ? (votre stratégie de communication)

La communication était un des 9 thèmes d’actions à mettre en place : nous avons donc considéré que la communication était aussi importante que les actions concrètes mises en place pour développer les modes de transport alternatifs.

Il s’agissait de sensibiliser le personnel, les étudiants et visiteurs aux modes alternatifs.

  • Installation de présentoirs avec informations sur l’offre d’accessibilité, transports en commun…
  • Réalisation régulière d’évènements sur la mobilité : Semaine de la mobilité, Journées portes ouvertes, Semaine du développement durable, JEEDD. Durant ces journées, nous avons notamment organisé des ateliers de réflexion sur les modes de transports alternatifs (freins et leviers à leur utilisation), nous avons distribué gratuitement un titre de transport Transpole que les usagers pouvaient utiliser toute la journée.
  • Fiches d’accessibilité étudiants et salariés : envoyés par mail à l’ensemble des étudiants et envoyé avec les dossiers d’inscription
  • Newsletter : PDE info
  • Site internet PDE : informations sur l’accessibilité du campus et sur le projet du PDE (diagnostic, plan d’actions)

Pouvez vous expliquer votre méthode de diagnostic de la situation transport de votre campus ? (questionnaires, observations de terrains, analyse des résultats)

En 2006,un diagnostic du campus a été réalisé par un groupe d’étudiants en Master Expertise et Management en Environnement. Cet état des lieux avait pour but:

  • d’évaluer l’accessibilité de l’Université Catholique de Lille.
  • d’analyser l’offre en stationnement (voiture et vélo) et l’offre en transports en commun.
  • de diagnostiquer l’ensemble des aménagements cyclables ou piétons du campus Vauban.

En parallèle de ces observations de terrain, des questionnaires (d’une quarantaine de questions chacun) ont été distribués afin de mieux cerner les habitudes de déplacements des salariés, des étudiants et des visiteurs de l’Université Catholique de Lille. 719 salariés, 1352 étudiants et 210 visiteurs ont répondu à ces questionnaires.
Ce questionnaire a été mis en ligne sur internet (serveur de l’Université) et un mail a été envoyé à l’ensemble des usagers de l’Université pour diffuser le lien vers le questionnaire et expliquer l’intérêt de la démarche.

A l’issu du diagnostic du campus ainsi que de l’analyse des questionnaires par le chargé de mission PDE, un plan d’actions a été élaboré. Ce plan d’actions comportait 9 thématiques et 31 actions. Il était divisé en 2 volets :

  • Des actions de tronc commun
  • Des actions à l’initiative des établissements

Comment avez-vous sélectionné les actions à mettre en place ?

Le travail des étudiants avait déjà permis d’identifier certaines pistes actions. Ensuite la coordination PDE formée par Adrien Fioen et Benoit Bourel a travaillé sur le plan d’actions détaillé. Une fois ce plan défini, il a été présenté et validé en comité de pilotage rassemblant la direction de l’UCL, les différentes parties prenantes du projet et les partenaires financiers.

Ce plan d’actions a été défini grâce d’une part au diagnostic qui a permis de pointer du doigt un certain nombres de choses à améliorer et d’autre part à l’enquête étudiants-salariés qui a permis de prendre en compte l’ensemble des besoins des usagers.

En parallèle à ce diagnostic et à cette enquête, ont été menés plusieurs ateliers de créativité réunissant des salariés afin de mieux comprendre leurs besoins et d’identifier ensemble des pistes d’actions.

Avez vous défini des indicateurs afin d’évaluer la performance de vos actions ?

Oui, bien sûr, il convient d’évaluer le projet, d’une part pour voir si les objectifs de départ ont été atteints, d’autre part pour comprendre l’échec de certaines mesures, au quel cas l’apport de solution, en vue d’améliorer le plan d’actions.
Le PDE doit être constamment en évolution : il constitue une démarche évolutive qui doit s’adapter au contexte, il ne doit pas s’arrêter avec la mise en place des premières actions.

  • Il convient tout d’abord de communiquer et de sensibiliser constamment pour tenir au courant des évolutions sur les pratiques de déplacements et encourager les salariés et les étudiants à continuer leurs efforts.
  • Il est également nécessaire de suivre les actions menées en 2006 : évaluer les actions mises en place permettra d’adapter certaines actions si elles ont mal fonctionné ou alors d’en ajouter de nouvelles. L’évaluation peut se faire tant sur la manière dont a été menée l’action que sur les résultats.

Ce suivi est nécessaire car les salariés et étudiants ne vont pas immédiatement changer leurs habitudes de déplacements. Il faut donc veiller à évaluer les raisons de l’échec ou de la réussite des actions. De même l’évaluation sert à adapter le plan aux nouvelles situations. En effet les profils de mobilité et d’accessibilité évoluent.
L’évaluation du PDE peut porter tant sur la totalité du PDE que sur une action spécifique. Il s’agit de voir si le résultat obtenu correspond aux objectifs initiaux.

Il s’agit également de répondre à plusieurs interrogations.

  • En premier lieu il faut constater si l’accessibilité générale de l’université a été améliorée tant pour les étudiants que pour les salariés.
  • L’objectif est également de comprendre si les pratiques de déplacements des usagers ont évoluées et grâce à quelles actions. Etant donné le contexte actuel d’intérêt grandissant pour les politiques de transports, il est nécessaire de comprendre si les évolutions constatées sont des effets directs du PDE ou alors si ces évolutions résultent d’un contexte plus global (effets conjoncturels par exemple). Les évolutions constatées suivent-elles une tendance générale, commune à toute la métropole lilloise ainsi qu’à toutes les grandes agglomérations ?
  1. L’évaluation passe en premier lieu par un nouveau diagnostic comparé ensuite à celui effectué en 2006 pour saisir les évolutions notamment au niveau des aménagements.
  2. L’évaluation passe ensuite par le bilan du plan d’actions proposé en 2006. Il s’agit de savoir quelles actions ont fonctionné ou non et pourquoi.
  3. Enfin l’évaluation, c’est également les traitements et l’analyse des questionnaires qui permettent de saisir les évolutions sur les habitudes de déplacements.

L’objectif est de savoir si les objectifs initialement fixés ont été atteints.

Cette évaluation a été réalisée en 2009. Une brochure d’évaluation a, à ce titre, été réalisée et diffusée à l’ensemble des usagers et des partenaires et parties prenantes.

A l’heure actuelle, pensez vous avoir atteint vos objectifs ou être en voie pour les atteindre ?

  • Nous avons dépassé notre objectif de report modal de la voiture vers les modes doux (>15%).
  • Nous avons constaté une meilleure image des transports en commun ainsi que du vélo.
  • L’image de la voiture se dégrade.
  • Nous avons constaté une meilleure compréhension des politiques liées aux déplacements.
  • La communauté urbaine est divisée en 2 couronnes + Lille. Nous avons constaté un rapprochement des salariés vers leur lieu de travail.

Au sujet des 3 objectifs fixés dans notre plan d’actions :

  • Objectif n°1 : “Faciliter l’accès à l’Université pour tous, quel que soit le mode de déplacement” : cet objectif a été atteint notamment grâce à la mise en place de la ligne de bus Citadine, grâce au réaménagement de la rue du Port, grâce à la multiplication par 2 du nombre d’arceaux vélos présents sur le campus.
  • Objectif n°2 : “Limiter l’usage de la voiture, notamment lorsqu’elle n’est occupée par le conducteur seul” : cet objectif a été atteint, nous constatons en effet un report modal de la voiture de 20 % chez les salariés, principalement vers les modes doux.
  • Objectif n°3 : “Intégrer le Plan de Déplacements au management des établissements et prendre en compte ses objectifs dans tout projet” : cet objectif a été en partie atteint. L’Université Catholique de Lille est une fédération d’établissement, chacun ayant sa propre direction et son propre fonctionnement. Nous constatons une implication plus ou moins poussée des établissements dans le PDE.

Un nouveau plan d’actions est en cours. Il sera validé en Juin 2011

Avez-vous rencontré des difficultés majeures lors de la réalisation de votre PDE ?

  • Le poids des habitudes et de la routine
  • Les inconvénients liés aux modes alternatifs (bien qu’il y ai autant d’inconvénients cités pour la voiture)
  • Quelques idées fausses sur les modes alternatifs
  • Le renoncement à quelques privilèges (place de pk proche…)
  • L’absence d’implication de certains dirigeants
  • Beaucoup « attendent » de voir comment les choses vont évoluer
  • Je souhaite également revenir sur une action précise qui a connu des difficultés : nous avons, en 2010, proposé une offre de location de vélos pour les étudiants. L’offre que nous proposait Mobivia était de 20 euros par mois et par étudiant (Offre comprenant : vélo + antivol + assurance + 2 révisions par an). Nous avons donc proposé à chaque établissement qu’il prenne en charge à hauteur de 10 euros par étudiant et par mois la location d’un vélo. Cette offre n’a pas été un succès pour plusieurs raisons (l’offre a démarré trop tard dans l’année, au mois d’octobre ; le coût de 10 euros par mois pour les étudiants s’avérait encore trop élevé ; manque d’implication de certains établissements).

Que conseillez-vous fortement à quelqu'un qui souhaite se lancer dans un PDE ?

  • Portage nécessaire du projet par la direction avec affichage clair de son ambition et des moyens mis en œuvre
  • Importance de la communication et de la diffusion régulière d’informations
  • Actions visibles et concrètes
  • Relais indispensables dans les services (établissements). La personne relai doit être convaincue et volontaire
  • Importance de la mobilisation des étudiants (associations, projets pédagogiques…)
  • Importance des partenariats avec les AOT, la LMCU (Lille Métropole Communauté Urbaine), la ville, l’ADEME… car certaines actions ne peuvent relever de l’Université
  • Laisser le temps au changement d’opinion et à la remise en question
Imprimer/exporter
QR Code
QR Code Plan de Déplacements de l'Université Catholique de Lille (generated for current page)